vendredi 20 décembre 2013

Leverkusen, à surveiller

Salut à tous,

Quelques jours après le tirage au sort de la Ligue des Champions, penchons nous un peu plus sur le futur adversaire du PSG en huitièmes de finale : le Bayer Leverkusen.

Si facile que ça ?

Évidemment, du haut de leur grande connaissance du football, les experts de tous poils ont décidé qu'il s'agissait d'un tirage favorable - par rapport à City ou Arsenal, certes - et que le PSG était déjà en quarts de finale. Il est vrai que le football français a si peu souffert dans son histoire lors de ses nombreuses confrontations avec celui de son voisin qu'il est en droit de dénigrer ce dernier sans risque, et de le considérer comme négligeable...

En France, si vous n'êtes pas un club anglais, le Barça ou le Real, vous n'êtes rien. La Ligue des Champions a tellement phagocyté l'attention médiatique sur elle même que quiconque n'y brille pas régulièrement n'est que quantité négligeable. Comme pour tout le reste, dans les médias d'aujourd'hui, c'est tout ou rien. Soit vous êtes un cador, soit vous êtes nul. Il n'y a pas de bons clubs européens apparemment, juste des géniaux ou des médiocres. Et la
logique ne saurait être bousculée, surtout quand elle est soutenue par des esprits aussi brillants...

C'est comme ça que personne n'a vu venir Malaga et Dortmund l'an passé, Schalke en 2011, Lyon en 2010, Porto ou Monaco auparavant... autant de clubs de bon niveau capables, sur quelques semaines, de rivaliser avec les tous meilleurs et d'atteindre le dernier carré de la plus grande des compétitions de club au monde. Leverkusen a le profil pour les imiter.

Les "spécialistes" n'ont évidemment retenu que les deux branlées (0-5, 2-4) reçues contre Manchester pour juger l'équipe de Sami Hyypiä. Sans voir qu'en championnat, où Leverkusen est deuxième, à sept points du Bayern mais aussi avec cinq points d'avance sur Dortmund, le Bayer n'a perdu aucun match contre ces deux cadors du football européen, se payant même le luxe d'aller s'imposer récemment chez le second, qui comptait certes nombre d'absents (0-1). Mais la moyenne de points de Leverkusen peut également faire réfléchir : elle est de 2,31 par match. Celle du PSG, dans un championnat plus fermé mais sans doute plus facile, est de 2,39. L'écart n'est donc pas si énorme entre les deux formations.

Une ligne d'attaque redoutable

Penchons nous un peu plus sur le profil de cette équipe, qui semble être à la fois parfait et piégeux pour le PSG. Parfait, parce qu'il s'agit d'une équipe typique du championnat allemand, c'est-à-dire qui marque beaucoup (2 par match en championnat) mais qui encaisse aussi beaucoup de buts, puisqu'elle possède la deuxième pire défense des 16 qualifiés pour les 8es de finale (10 buts, contre 5 au PSG), à égalité avec Manchester City et devant Galatasaray (14). Mais elle possède aussi la deuxième défense d'Allemagne, derrière le Bayern, avec 15 buts en 16 matches. Mais c'est une équipe qui joue, et qui ne se retranchera pas en défense comme la plupart des adversaires des Parisiens. Il y aura donc sans doute de la place pour marquer.

Si le système à deux pointes est toujours en vogue en Allemagne, ce n'est pas le cas des cadors, que ce soit le Bayern, Dortmund, Schalke et donc Leverkusen. Le Bayer évolue en 4-3-3, avec deux ailiers extrêmement performants. Sa ligne d'attaque est peut-être son point fort, même si son milieu, qui compte dans ses rangs deux internationaux allemands, Lars Bender (surveillé de près par Manchester) et Simon Rolfes, son capitaine, très expérimenté (31 ans) et volontiers buteur (5 buts cette saison, dont trois en C1), n'est pas en reste.

En attaque, donc, le buteur se nomme Stefan Kiessling, et ce qualificatif n'est pas un vain mot. Parfois moqué pour sa silhouette dégingandée et sa grande taille (1m91), il a déjà marqué 13 fois cette saison (9 en championnat, 2 en C1 et 2 en coupe). Il fut le meilleur buteur du dernier championnat, avec 25 buts, lui qui était le dauphin de Dzeko en 2009/10, avec 21 buts. Buteur moyen lors de ses premières années dans l'élite, le joueur formé à Nuremberg a marqué 78 buts depuis 2009 rien qu'en championnat, et tourne à une moyenne de 0,56 but par match. Rarement sélectionné, compte tenu de la concurrence (Gomez, Klose...) il est pourtant un joueur complet, mais méconnu, malgré le buzz de son but fantôme accordé à Hoffenheim le 18 octobre dernier (1-2) : en plus de ses buts, il est un excellent passeur. Il compte trois "assists" cette année, 7 l'année dernière et quatre lors des deux saisons précédentes. Pas mal pour une grande tige soit-disant maladroite...

Le danger vient des côtés

S'il marque beaucoup, il n'est pas le seul dans son équipe. Sydney Sam, par exemple, son ailier gauche, a presque marqué autant que lui cette saison (11). Rapide, bon dribbleur, il est lui aussi international (5 sélections) et se montre également excellent passeur (5 en championnat). Le troisième "phénomène" de cette équipe se nomme Heung-min Son, un représentant extrêmement brillant de la colonie asiatique qui peuple les effectifs allemands, avec succès en général. Le jeune ailier (21 ans) n'a jamais joué en Asie, lui qui a été repéré très jeune par Hambourg, où il a débuté en pro, en octobre 2010. Huit matches plus tard, il était en sélection, un attaquant qu'il faudra surveiller lors de la prochaine Coupe du Monde.

Très bon l'an dernier avec Hambourg (12 buts, dont un doublé à Dortmund), il est transféré cet été pour 10 millions d'euros à Leverkusen, où, après un petit temps d'adaptation, il est sur le point de faire oublier André Schürle, parti à Cheslea. Sept fois buteur, notamment à Dortmund encore une fois (0-1), il sera un élément clé de cette confrontation. En effet, et
c'est pour ça que je parlais de piège, une des caractéristiques du PSG cette saison, c'est à la fois de maîtriser le cœur du jeu grâce à ses trois milieux de terrain, mais aussi d'évoluer avec des latéraux extrêmement offensifs, ce qui permet à ses ailiers, notamment Cavani, de pouvoir repiquer dans l'axe pour se comporter comme les véritables avant-centres du PSG, plus qu'Ibrahimovic. Il n'est ainsi pas rare de voir Van der Wiel évoluer plus haut que Verratti, même en phase défensive, histoire de récupérer le ballon le plus rapidement possible.

Hors, si le latéral néerlandais est performant offensivement, il l'est nettement moins défensivement, ce qui explique sa saison dernière assez médiocre, dans un système où le PSG évoluait souvent assez bas pour partir en contre. Si Leverkusen parvient à faire exister ses deux ailiers, et ainsi obliger Van der Wiel et Maxwell - ou Digne - à défendre, et donc à la fois s'exposer défensivement et ne pas apporter offensivement, le PSG sera en danger. J'attends sérieusement de voir Sam ou Son - ils permutent souvent - face au Néerlandais en un contre un. En tous cas il aura plus de travail qu'en Ligue 1 où, en dehors des Verts, peu d'équipes ne présente des ailiers suffisamment percutants pour l'empêcher de régner dans son couloir.

Mais si le PSG parvient à maîtriser le milieu et priver de ballon les deux ailiers du Bayer, il peut espérer faire mal à sa défense, où continue de sévir l'ancien Montpelliérain Emir Spahic, associé au Turc Omer Toprak, qui aime également marquer (deux buts en C1, notamment à Manchester), et passer ce tour. Mais imaginer que c'est gagné d'avance serait synonyme d'élimination à coup presque sûr. Attention donc !

A plus

jeudi 12 décembre 2013

Ligue des Champions, l'écart est grand

Salut à tous,

Après la fin du premier tour de la Ligue des Champions, penchons nous, si vous le voulez bien, sur le taux de qualifications des clubs et des pays en phase de poule. C'est intéressant, vous allez voir, même si les surprises sont rares.

L'Allemagne et l'Angleterre en tête

Cette saison, le rapport est le suivant : l'Allemagne et l'Angleterre font du quatre sur quatre, l'Espagne du trois sur quatre, l'Italie du un sur trois, la France et la Russie du un sur deux, la Grèce et la Turquie du un sur un, le Portugal du zéro sur deux, tandis que les Pays-Bas, la République Tchèque, l’Écosse, la Suisse, l'Ukraine, l'Autriche, le Danemark, la Belgique et la Roumanie ont échoué à qualifier leur unique représentant. Hormis la contre performance des Italiens et des Portugais, on est assez proche de ce qui se passe depuis la création des poules, en 1991, et surtout depuis l'instauration de la formule actuelle en 2003, à savoir cinq pays qui regroupent l'essentiel des participants et des qualifiés, et les autres qui ramassent les miettes. Quand il y en a. Sur 600 participations à une poule (de premier tour) depuis 1991, les cinq meilleurs pays du continent en cumulent 296. Et sur 288 qualifications à un second tour, ils en cumulent 219, soit 76 %... Les cinq se qualifient dans 73 % des cas.

Commençons par les clubs, si vous le voulez bien. Depuis 1991, 12 ont 100 % de réussite, mais 9 d'entre eux n'ont qu'une seule participation à leur actif... le FC Séville et... Nantes, eux, font du deux sur deux. Le seul club à plus de deux se nomme le Real Madrid, qui s'est
qualifié 18 fois sur 18 ! Une performance exceptionnelle, que seul le Bayern (16/17), Chelsea (11/12) et l'Inter Milan (10/11) sont tout près d'égaler. Et l'évolution du football, avec un écart grandissant entre les petits et les grands, ne favorise pas une chute éventuelle du Real. Ainsi, depuis 2003, ils sont deux à avoir fait du 11/11 (Arsenal et le Real), trois du 10/10 (Bayern, Barcelone et Milan AC), Lyon fait du 9/9, tandis que Chelsea (10/11) et Manchester (9/11) trainent un peu, sans plus. Depuis 2003, il n'y a eu que sept clubs à 100 % avec moins de quatre participations, dont Leverkusen (3/3), Monaco et Séville (2/2) ou Malaga et Tottenham (1/1). Aujourd'hui, il vaut mieux donc posséder une solide expérience de la compétition pour espérer y briller, rien qu'au premier tour... les "one shots" sont rares. D'ailleurs, avant Malaga l'an passé et Tottenham en 2010/11, les deux autres datent de 2003/2004 (Celta Vigo et Lokomotiv Moscou)...

Chez les clubs français, hormis la "performance" nantaise, il faut descendre aux 83,33 % de Lyon et aux 80 % de Monaco, qui font mieux notamment que la Juventus (78,57) ou Liverpool (75) ! Quant au PSG (66,7 %), il fait aussi bien que Dortmund, Valence ou Schalke, et mieux que Porto (61,1). Bordeaux est à 50 %, devant Marseille (44,4), Auxerre (33,3) et Lille (20). Lens et Montpellier sont à zéro.

Une lutte à trois

Regardons par pays à présent. La lutte est rude entre l'Angleterre et l'Espagne, cette dernière était devant avant cette année. Mais, en raison de l'élimination de la Real Sociedad, elle a été dépassée au classement général par les Anglais, auteurs de leur sixième 4/4, record d'Europe, et qui sont désormais premiers avec 80,95 % de réussite, contre 80,6 aux Espagnols, qui n'ont fait "que" quatre fois le 4/4... derrière ces deux là, l'Italie n'est pas très loin mais après trois années consécutives à 100 %, a lourdement chuté cette année (1/3), elle qui était à égalité avec l'Angleterre avant cette saison, et qui n'est qu'à 77,42 désormais. Comme quoi, les choses peuvent vite changer en tête, la lutte est féroce. L'Allemagne, qui vient d'enchainer un 7/7 sur les deux dernières saison, meilleur bilan d'Europe sur cette période, suit à la quatrième place avec 69,1 % de réussite. Elle paie notamment des années 2000 moyennes (58,62 %) alors qu'elle possède le meilleur bilan de la présente décennie (84,6), devant l'Italie (81,8), l'Espagne (80) et l'Angleterre (75).

Comme très souvent dès qu'on classe les pays en Ligue des Champions, la France est cinquième, avec 54,5 % de réussite. Un taux en continuelle baisse, elle qui dominait les débats dans les années 90 (80 %) devant l'Italie (78,6), l'Allemagne et l'Espagne (76,9), l'Angleterre ne stagnant qu'à 50 % à l'époque ! Dans les années 2000, le taux était à 50 %, et à 54,55 depuis 2010. Nos chiffres se sont donc stabilisés depuis une dizaine d'années à un qualifié sur deux en moyenne, mais attention quand même, seul le PSG s'est qualifié pour les seconds tours depuis deux saisons, sur cinq qualifiés au total. A ce rythme, on va vite passer sous les 50 %... à moins que Monaco... quant à Lyon et Marseille, malgré leurs difficultés, ils doivent faire partie des locomotives du football français. Six défaites sur six en phase de poule pour le second nommé, voilà qui est vraiment inquiétant. Sur les deux dernières saisons, Lille, Montpellier et Marseille ont cumulé une victoire (à Borisov, pour le LOSC...), deux nuls et 15 défaites !

Et les autres ? Des miettes, vous dis-je. Que ne fut pas mon étonnement de voir le chiffre des Pays-Bas de l'Ajax Amsterdam et du PSV Eindhoven : 27,3 % ! Soit autant que les Tchèques, qui ont certes un diviseur nettement moindre (11 contre 33)... la Pologne réussit l'exploit de faire 50 %... en deux participations. Le Portugal, qu'on annonce souvent meilleur que nous, est en-dessous des 50 % (43,24), beaucoup plus grâce aux chiffres de Porto (61,1) que de Benfica (30 !) d'ailleurs... la Russie n'est pas si mal que ça (29,6) ainsi que la Grèce (27,6). L’Écosse et la Suisse suivent (22,22) devant l'Ukraine (20,8) et la Turquie (20). Saluons la "performance" de la Belgique (5,3 % !) et surtout de la Roumanie, qui est à zéro sur... 12 tentatives. C'est l'autre facette de cette compétition qui brille et chatoie à nos yeux : des pays qui ont offert des vainqueurs à son ancêtre la Coupe des Champions sont aujourd'hui réduits à ramasser les restes que leurs laissent les gros.

Sur ce, je vous laisse !

lundi 9 décembre 2013

Un groupe piégeux

Salut à tous,

A y est, on est fixé, l'attente fut insoutenable mais pas vraiment à la hauteur du soulagement de certains et de la déception d'autres qui auraient espéré des affiches un peu plus affriolantes. On peut comprendre les deux sentiments, qui sont légitimes, mais discutables, comme toujours. Franchement, Danemark, Afrique du Sud et Arabie Saoudite, ça vous aurait dit plus ? Non parce que c'était le groupe de la France en 98. Personne ne viendra me dire après coup que ce groupe était "décevant"...

Le Honduras, pas si méconnu

Suisse, Équateur, Honduras, c'est un mélange de redite - pour la Suisse, que la France a affronté cinq fois entre aout 2003 et juin 2006 - deux succès français, trois nuls -, notamment lors du premier tour du Mondial 2006 (0-0), et 36 fois au total, avec à la clé 15 victoires françaises et 12 défaites, la dernière en 1992 - et de quasi totale découverte. Oh bien sûr, l’Équateur, que la France aura l'honneur et la chance d'affronter au Maracana de Rio le 25 juin - match auquel j'espère vivement vivre sur place, je vous en reparlerais - n'est pas un total inconnu : ce sera la deuxième édition de cette affiche, après le match amical de Grenoble, en mai 2008, juste avant l'Euro, qui avait permis au jeune stéphanois Bafé Gomis,
qui signait sa première sélection, de signer un doublé (2-0) et surtout de griller sur le fil le pauvre Djibrill Cissé, qu'il avait remplacé à la mi-temps, pour la troisième place d'avant-centre à l'Euro. Quant au Honduras, ce sera une première.

Il faut dire que les affrontements avec des ressortissants de la Concacaf peuvent se compter sur les doigts d'une main pour la France. Hormis ce match contre le Canada au premier tour du Mundial 86 (1-0, premier but de Papin en sélection) et de matches amicaux contre les États-Unis, à East Rutherford, en indoor, en 1979 (6-0, triplé de Lacombe) ou le Costa Rica, en 2005 à Fort-de-France (3-2 après avoir été mené 0-2, buts d'Anelka, Cissé et Henry), on notera cet étrange match amical contre une sélection d'Amérique Centrale, joué en 1972 à... Salvador de Bahia, où la France affrontera la Suisse, le 20 juin, et remporté 5-0, avec notamment un triplé signé Hervé Revelli. C'est dire si l'idée d'affronter le Honduras ne doit normalement pas effrayer une sélection française, quelle qu'elle soit.

Mais évidemment, il faut nuancer cet avis définitif basé sur une impression et une analyse simpliste de la situation. Certes, dans l'absolu et sur le papier, le Honduras n'a rien d'un danger. Mais il a réussi l'exploit peu commun pour une autre équipe autre que les États-Unis de finir devant le Mexique en éliminatoire, en allant s'imposer chez ces mêmes Mexicains (1-2), qui font par ailleurs figure d'outsider dans le groupe du Brésil, après avoir battu les Américains en février dernier (1-0). Le Honduras qui peut compter sur plusieurs joueurs qui brillent en Europe, comme le défenseur d'Hull City, en Premier League s'il vous plait, Maynor Figueroa, l'excellent latéral gauche du Celtic Glasgow Emilio Izaguirre (7 passes décisives toutes compétitions confondues cette saison), un autre joueur de Premier League, le milieu de Stoke City, Wilson Palacios, sans parler de Jerry Bengtson, qui joue aux New England Revolutions (9 buts en éliminatoires), l'imposant Carlos Costly, qui évolue en Chine mais qui a joué au Mexique, en Pologne, en Angleterre, en Roumanie ou en Grèce, ou d'Oscar Boniek Garcia, qui brille aux Houston Dynamo. Alors, quand on entends nos "spécialistes", genre Pierre Ménès, dire qu'ils ne connaissent "personne" dans l'équipe type hondurienne, c'est soit de la fainéantise, de la malhonnêteté intellectuelle, soit de l'ignorance ou de l'incompétence. Sûrement un bon mélange de tout ça, ajouté à du mépris pour ces petits pays qui osent se mesurer à nos grandes équipes occidentales... Rappelons que le Honduras était déjà dans le groupe de la Suisse, il y a quatre ans, et avait signé un nul (0-0) conte les Helvètes...

L'Amérique du Sud sera chez elle

Même chose pour l’Équateur. Certes, il vaut mieux tomber sur eux que sur l'Uruguay - qui a tout de même terminé derrière les hommes de Reinaldo Rueda en poule qualificative... - ou l'Argentine, on est d'accord. Certes, descendu de leurs montagnes, à l'image des Boliviens, les Équatoriens ne font pas trembler grand monde, eux qui n'ont pris que trois points à l'extérieur en qualifications, s'inclinant au Pérou, en Colombie ou au Chili, par exemple - tout en l'emportant en amical au Portugal (2-3), en février dernier... -. Certes, si on excepte le vétéran Edison Méndez (34 ans, LDU Quito), ancien du PSV Eindhoven, l'attaquant du Lokomotiv Moscou Felipe Caicedo, l'ailier du Vitesse Arnhem Renato Ibarra et surtout celui de Manchester United, Luis Antonio Valencia, officiellement le joueur le plus rapide du monde avec le ballon, il n'y a pas grand monde dans cette équipe pour faire trembler la France...

Mais je n'ai entendu nulle part cet argument implacable : ce Mondial se déroulera en Amérique du Sud. Et là-bas, les équipes de ce continent seront indiscutablement avantagées. Pour preuve, lors des quatre Coupes du Monde sud-américaines, et même en ajoutant les deux mexicaines et celle aux États-Unis, seules les équipes sud-américaines l'ont emporté, sans exception. L'Argentine l'a emporté chez elle en 78 et au Mexique en 86, l'Uruguay a gagné chez lui en 30 et au Brésil en 1950, et ce dernier l'a emporté en 62 au Chili, en 70 au Mexique et en 94 aux États-Unis. Les Européens ne brillent jamais dès qu'ils franchissent l'Atlantique, c'est comme ça. Des chiffres simples le prouvent : en Europe, les pays locaux glanent 1,14 points par matches, contre 1,02 pour les Sud-Américains. En Amérique du Sud,
le rapport s'inverse : les locaux prennent 1,23 points, contre... 0,95 pour les Européens, qui perdent donc plus de matches qu'ils n'en gagnent là-bas. Sur quatre Mondiaux sud-américains, combien d'Européens ont atteint la finale ? Deux, les Tchécoslovaques en 1962 et les Pays-Bas, en 1978.

Certes, la dernière Coupe du Monde en Amérique du Sud date de 1978... les stades, les joueurs, le jeu est différent, plus mondialisé, moins spécifique à chaque pays, une part importante de joueurs évoluant tous en Europe, leurs styles se mélangeant plus aisément. Mais quand même, ne négligeons pas l'Histoire, qui devrait être un peu plus souvent source d'inspiration pour analyser le présent et l'avenir, et ne pas répéter les mêmes erreurs. La France a disputé deux Mondiaux en Amérique du Sud (30 et 78) et n'a jamais passé le premier tour. Il ne faut pas négliger le fait que les Équatoriens seront forcément avantagés de jouer sur leur continent, leurs supporters viendront plus facilement, l'ambiance brésilienne leur sera plus familière, que ce soit pour ceux qui évoluent encore dans leur championnat ou ça qui y ont joué. Pour nous, ce sera nouveau. Cette remarque peut d'ailleurs également tenir aussi pour les Honduriens.

J'ai d'ailleurs très peur pour les Suisses, qui affronteront le 25 juin le Honduras à Manaus, en pleine Amazonie, dans la pire période de l'année... bon courage à eux. La France n'a pas eu seulement la chance d'échapper à un groupe trop difficile, elle est aussi tombée sur la place dans le groupe qui lui garantit le moins de déplacements, pas loin de leur camp de base et au sud, c'est-à-dire là où il fera le moins chaud. Porto Alegre, Salvador, Rio... de belles villes, de beaux stades... tout paraît parfait. Pourvu que ça dure !

A plus tard !

samedi 30 novembre 2013

L'inaltérable Ryan Giggs

Salut à tous,

Ryan Giggs a eu 40 ans hier. Quarante ans ! C'est pas dur, c'est un des rares footballeurs en activité plus âgés que votre serviteur, c'est dire. Revenons sur un cas atypique au plus haut niveau... et encore compétitif.

L'ailier devenu patron

Si Giggs me touche autant, c'est déjà parce qu'il a commencé à jouer un peu après que je commence à m'intéresser au football. Moi c'était à l'automne 1990, lui début 1991, à 17 ans. Et c'était à Manchester United, évidemment, son seul et unique club, pour qui il a joué la bagatelle de 953 matches, série en cours. Il a traversé les époques, connu Eric Cantona puis David Beckham et Ronaldo avant Rooney, l'arrêt Bosman et même le rachat - insupportable pour une partie des supporters historiques de United - du club par un milliardaire américain, qui n'a pourtant pas franchement changé le visage et le quotidien d'un ManU qui côtoyait déjà les sommets avant lui sans dépenser plus qu'il ne gagnait. Il a un peu reculé sur le terrain, mouvement logique pour un joueur de son âge, à l'image d'un Matthaus terminant
sa carrière au poste de libero. Lui est cependant resté au milieu, se recentrant dans l'axe. Ancien ailier virevoltant, il aurait pu terminer latéral, par exemple. Mais les duels du milieu de terrain lui auraient trop manqué, et son sens du jeu lui permet de rester compétitif à un bon niveau.

A part ses tempes et sa barbe grisonnantes, quand on le voit évoluer sur le terrain, on n'a pas vraiment le sentiment qu'il n'a débuté à United qu'un peu plus de trois ans après l'arrivée de son mentor, Alex Ferguson. Il aurait pu se lasser après les 13 championnats, les quatre Cups, les quatre League Cups ou les deux Ligues des Champions glanés, mais non, il court toujours comme un lapin. Bon, âgé le lapin, mais quand même... A chaque saison, on se dit que ce sera sûrement la dernière... mais non, il est toujours là, battant l'été dernier son vieux compère Paul Scholes, jeune retraité qui s'était arrêté une première fois en 2011 avant de vite revenir en janvier 2012, à 37 ans.

Pourtant, il n'est pas le recordman en Angleterre : depuis 1992, trois joueurs ont fait mieux que lui. Il rejoindra Teddy Sheringham dans 271 jours (la saison prochaine, quoi) et Gordon Strachan dans 81 jours. Quant à Kevin Phillips, l'attaquant de Crystal Palace... bah il joue toujours, à 40 ans et 89 jours. Ailleurs, Alessandro Del Piero joue toujours, en Australie, à 39 ans, tout comme Javier Zanetti (40 ans), à l'Inter Milan. On se souviendra également de Dino Zoff qui gagnait une Coupe du Monde à 42 ans, en 1982, et plus loin encore de Sir Stanley Matthews, qui jouait encore en première division, avec Stoke City, en 1965, à l'âge de 50 ans. Pas mal pour un ailier, huit ans après avoir arrêté sa carrière internationale...

A propos de ces joueurs attachés à leurs couleurs comme des huitres à leur bouchot qu'ils sont des exemples, que c'est incroyable de toujours rester dans le même club à l'heure des mercatos animés et des sommes folles dépensés. C'est en partie vrai, mais il ne faut pas oublier un détail : il est quand même plus "facile" de souhaiter rester jouer dans un immense club comme United pour ces deux là, le Real pour Raul ou Casillas, la Juve pour Del Piero ou Milan pour Maldini que lorsque vous avez été formé à Valenciennes ou Southampton, avec tout le respect qu'on doit à ces clubs. Rudy Mater, lui, il a du courage. Giggs, de la persévérance et un physique et un professionnalisme sans faille.

Un Manchester anglophone

Lors de sa première saison à Manchester, en 1990-91, il côtoiera des joueurs littéralement d'un autre temps comme Jim Leighton, le mythique gardien de la sélection écossaise (82-98 !), le colossal Steve Bruce, qui marquera 19 buts cette saison là de son poste de stoppeur, dont 10 penalties, Viv Anderson, officiellement le premier joueur noir à jouer en sélection anglaise, de 1978 à 1988, l'immense Bryan Robson, 90 sélections de 1980 à 1991 et qui s'arrêtera à 39 ans et 355 jours, et bien sur l'ailier écossais Brian McClair ou le buteur gallois Mark Hughes, ces deux là inscrivant chacun 21 buts toutes compétitions confondues. Une véritable équipe britannique, avec un seul non anglophone dans son effectif (l'ailier droit russe Kanchelskis, 22 ans et un seul match joué cette saison là), rude au mal, agressive, avec des dents en moins et une technique assez rudimentaire, à part pour quelques uns, dont Giggs, et qui terminera cinquième du championnat derrière Arsenal, Liverpool, Crystal Palace et ... son voisin City, qui n'a donc pas toujours été ridicule vis à vis de United avant l'arrivée des Emirati.

Il débute le 2 mars 1991, entrant en jeu à la 35e minute d'un match contre Everton, à la place de Dennis Irwin. Un match perdu 0-2... on le revoit ensuite deux mois plus tard, le 4 mai, titulaire lors du derby contre City, justement, remporté (1-0) par United... sur un but de Giggs, à la 22e minute, d'une déviation au premier poteau sur un centre dévié de McClair. Y a pire pour un tel symbole du club de marquer son premier but contre le voisin honni, et lors de son deuxième match seulement... Les images font tellement vieilles qu'on a du mal à imaginer que le buteur de ce match évolue encore sous les mêmes couleurs... L'année suivante, celle qui voit l'arrivée de Peter Schmeichel en provenance de Bröndby - le fils du mythique gardien danois, Kasper, 27 ans, évolue en League One, à Leicester -, il joue 51 matches, à 18 ans, et marque 7 buts. La légende est lancée.


Il est l'aîné de cette génération de gamins lancés par Ferguson au début des années 1990 : Giggs débutait donc en 1991, Gary Neville, Nicky Butt et David Beckham en 1992, tandis que Cantona explosait en rouge, et Paul Scholes en 1994. Si Butt n'a pas confirmé son talent après avoir quitté le club en 2004, avec un passage à Newcastle avant de terminer en Chine, en 2011, Neville a lui aussi effectué toute sa carrière à MU, jusqu'en 2011, tandis que Beckham en terminait l'été dernier, sur un titre à Paris. Tous avaient entre 35 et 38 ans. L'air du nord anglais doit avoir du bon...

Bientôt 1000 matches avec ManU ?

Giggs, qui est également l'adjoint de David Moyes depuis cet été, c'est donc 1018 matches, sélection inclue, dont 953 avec Manchester, 666 en championnat, 159 en Coupe d'Europe (dont 148 en C1), 74 en Cup et 40 en League Cup, sans parler de ses... 14 Community Shields (9 succès). Il en est également à 182 buts, dont 114 en championnat, 30 au niveau européen, tous en Ligue des Champions, 12 en Cup et autant en League Cup, et 13 en 65 sélections. Dans ce domaine, il a eu des pics à 18 en 1994, ou 16 en 2003. Depuis, il n'a plus dépassé 9, mais en a quand même marqué 5 l'année passée...

Voyons un peu les duels avec les clubs français... la dernière fois, c'était en mars 2011, contre Marseille (victoire 2-1). Puis il faut remonter à un huitième de finale à Lyon, en 2008 (match nul 1-1, et qualification). La saison précédente, il y eut le fameux épisode du coup-franc qu'il marqua à Lille, en février 2007, toujours en huitièmes de finale (0-1), et que les Nordistes ne digérèrent pas vu qu'il n'avait pas attendu le coup de sifflet de l'arbitre pour frapper... en octobre 2005, un match nul (0-0), encore contre Lille, en phase de poule, à Old Trafford, puis un autre match nul, à Lyon, en septembre 2004 (2-2). Vous noterez qu'à chaque fois, Giggs ne joue qu'un des deux matches seulement... ce ne fut pas le cas contre Nantes, lors du double affrontement lors de la deuxième phase de poule 2001-02 (1-1, 5-1). Lors de la même saison, ManU avait affronté Lille au premier tour, et Giggs avait participé au match aller, victorieux (1-0) sur un but de Beckham. Il y eut aussi le double affrontement contre Bordeaux, en mars 2000, avec à la clé deux succès des Anglais (2-0, 2-1) avec un but de

Giggs à l'aller, à Old Trafford. Seule défaite de Giggs contre un club français ? A Marseille, en octobre 1999 (1-0). Bilan du Gallois contre les Français : 11 matches, 6 succès, 4 nuls, 1 défaite, et deux buts marqués.

Un lien entre deux époques

Le drame de Giggs est celui que vécu le Finlandais Jari Litmanen ou le Libérien George Weah, par exemple : celui d'évoluer dans une sélection trop juste pour se qualifier pour une grande compétition internationale, ce qui explique, par exemple, son si petit nombre de sélections (65), diluées entre 1991 et 2007, soit quatre par an en moyenne... le Pays de Galles qui n'a participé qu'à une seule Coupe du Monde, en 1958, avec d'ailleurs un quart de finale à la clé, et aucun championnat d'Europe. En sélection, Giggs a accumulé 22 succès, 16 nuls et 27 défaites. Un bilan un peu différent que celui qui est le sien en club. Il n'a ainsi perdu que 31 fois en 148 matches de Ligue des Champions...

Ce qu'il faut comprendre avec Giggs, c'est le lien qu'il crée entre deux époques différentes, et pas seulement par rapport à l'arrêt Bosman et à l'afflux de joueurs étrangers dans les effectifs anglais. Manchester a fait parti de ces grands clubs qui se sont métamorphosés dans les années 90, notamment en profitant pleinement de cette nouvelle donne, en 1996. Lorsque Giggs a débuté, on l'a vu, Manchester n'était qu'un bon club anglais, au passé glorieux mais ancien, qui n'avait plus été champion depuis 1967, gagnait certes la Coupe des Coupes en 1991 mais n'avait gagné qu'une seule Ligue des Champions, en 1968. Dans les années 70 et 80, une demi-douzaine de clubs le dominaient sur le plan domestique, notamment Liverpool, Nottingham Forrest ou Leeds, et le club avait même fréquenté l'étage inférieur en 1974-75. Depuis que Giggs est arrivé, Manchester a plus été champion (13 fois) que non champion (10) et n'a jamais quitté le podium (6 fois 2e), hormis lors de sa première année, riche de deux matches...

Bref, longue vie à Ryan Giggs... Je vous laisse, à plus tard !

jeudi 21 novembre 2013

La défaite des experts

Salut à tous,

Alors, on l'a fait ou pas ? Elle n'est pas là la qualification ? Félicitations à tous les croquemorts de l'Equipe de France, tous les Cassandres qui s'efforcent, depuis 36 heures, de retomber sur leurs pattes, en affirmant le plus sérieusement du monde que ce qu'ils ont dit tout le WE, et depuis plus de trois ans même, à propos de ces Bleus, était vérifié, qu'ils l'assumaient, mais qu'ils étaient heureux quand même. Que cette victoire pleine de volonté et de courage leur donnait raison, que c'était dans la tête des joueurs que ça se passait. Pendant plus de trois ans, ils ont poussé le peuple à détester leur équipe nationale, et aujourd'hui ils osent se présenter en amoureux de cette dernière ? Mais ils n'ont pas le droit de l'ouvrir. Ils devraient utiliser leur droit de silence, pour se faire oublier. Mais depuis mardi soir, on n'a jamais autant vu Pascal Praud à la télé. Comme quoi, que ce que vous disiez soit exact ou non, l'important c'est de dire quelque chose et de l'assumer, n'est-ce pas ? Admettre qu'on a eu tort, c'est quasiment signer son arrêt de mort médiatique. Et Praud aime trop passer à la télé pour ça.

Certains Français aiment leur équipe

Laissons ces tristes personnes dans leurs tours d'ivoire, voulez-vous. On a une qualification à savourer, une communion à faire fructifier. Dire que l’Équipe de France s'est réconciliée avec son public serait erroné : certes, les 80 000 spectateurs du Stade de France, dont votre serviteur, n'étaient pas là pour cracher leur haine, au contraire, ils étaient venus pour jouer
le rôle que tout spectateur de foot devrait avoir, celui de soutien, de 12e homme. Ils voulaient aller au Mondial, ils voulaient aussi montrer qu'ils ne faisaient pas partie des 80 % des gens qui souhaitaient - je dis bien souhaitaient - que la France n'aille pas au Brésil, qu'elle ne le méritait pas. Imaginez-vous un supporter de l'Angleterre souhaiter que son pays échoue ? En France, c'est possible. Non, ceux qui étaient là - et qui avaient acheté leur billet avant la match aller, il faut le reconnaître, et qui souhaitaient peut-être aussi que l'argent investi ne serve pas à rien - ont démontré qu'il restait encore des gens, en France, qui savent se comporter en supporter quand leur équipe en a besoin. C'est ça, un supporter. Ce n'est pas un consommateur, un opportuniste, qui lui tourne le dos dès que les vents deviennent contraires. Ce ne sont pas des Footix.
Ne soyons pas naïfs : à la première défaite, par exemple en mars contre les Pays-Bas, seul match amical programmé pour l'instant, les mêmes discours reviendront : la victoire contre l'Ukraine était chanceuse, cette équipe ne mérite pas d'aller au Brésil, on va être ridicule - si on tombe sur trois équipes du niveau des Pays-Bas, sûrement, mais ce ne sera pas le cas - et surtout, surtout, c'est la faute de Knysna. Dans 20 ans, on continuera de parler de Knysna sans savoir vraiment ce que ce terme étrange veut dire, mais ça fait vendre du papier, donc autant l'utiliser jusqu'à l'usure. Entretenir ce mythe, c'est garder sous le coude un argument comme quoi chaque défaite, chaque match moyen, est du à l'attitude des joueurs, leur manque d'envie, d'amour du maillot. Des arguments aux relents poujadistes et démagogiques,voire xénophobes, malgré le fait que la France ait été sauvée par des joueurs comme Sakho, Benzema, Pogba...

Sakho ce héros

Mais peu importe, au fond. Cette équipe a prouvé qu'elle avait de la qualité, même si rien n'est réglé. Une chose est sûre selon moi : il faudrait être aveugle pour penser qu'elle n'a pas trouvé une assise, un axe défensif extrêmement solide et performant, et je ne parle pas seulement de la charnière. Cette dernière est celle que j'ai trouvé la meilleure depuis très longtemps. Comment peut-on encore penser qu'un Koscielny vaut un Varane ? Ce dernier, qui n'était pas au top physiquement, a pourtant une nouvelle fois rendu une copie d'une très grande qualité, propre et sans la moindre erreur. Varane a-t-il seulement été mauvais une fois en Bleu ? Et combien de fois a-t-il été en difficulté au Real Madrid ? Avant ses blessures, il avait mis sur le banc des phénomènes comme Carvalho ou Pepe, excusez du peu. Et à gauche, comment a-t-on pu croire à la renaissance d'Abidal ? Pour qu'il y ait renaissance, il aurait fallu qu'il y ait naissance, mais le Monégasque n'a jamais été une référence au poste de défenseur central, notamment en Bleu. Alors à 34 ans, après deux ans d'absence pour maladie... ce qui rendait son retour en Bleu sympathique le dessert plus aujourd'hui qu'autre chose. Les belles histoires trouvent souvent leurs limites quand le niveau s'élève sérieusement.

A son poste, difficile de trouver mieux en France que Mamadou Sakho, je suis désolé. Et dire qu'il n'était plus apparu en Bleu depuis juin dernier, hormis sa mi-temps en octobre conte l'Australie... son statut de remplaçant au PSG - situation à la fois regrettable, au vu de son image de titi parisien formé au club, et logique, vue la concurrence - mais aussi, durant les premières semaines, à Liverpool, ont bien failli lui couter cher. Lui qui était titulaire indiscutable pour Deschamps avant cet été compliqué ne pouvait que reprendre sa place. L'avenir, c'est lui, on le savait depuis des années, durant lesquelles on avait tâtonné dans son secteur, même si Blanc avait tenté d'installer pendant deux ans la charnière Rami-Mexès. Mais quel défenseur, en France, rassemble autant de qualité de combattant, de puissance, de force ? Ce n'est pas un monstre technique, soit, même s'il ne me semble pas l'avoir vu rater une relance mardi soir, même les plus compliquées. Mais Desailly en était-il un ? Le grand Marcel aussi ne prenait pas de risque dans la relance, puisqu'il avait Blanc à ses côtés qui s'en chargeait. Mais c'était un monstre défensif qui ne laissait respirer aucun adversaire. Et Desailly s'est révélé plus tard au haut niveau que Sakho. Hormis le pied fort, ils ont beaucoup de points communs, selon moi.

Un trident redoutable

Il est également facile de bien défendre quand vous avez devant vous trois joueurs complémentaires, qui allient puissance défensive, pour deux d'entre eux, et potentiel offensif redoutable, pour les trois. L'abattage hallucinant de Matuidi, la puissance et la vista de Pogba, la technique et la science tactique de Cabaye forment presque le joueur parfait à eux trois. Comment a-t-on pu passer à côté de ce triumvirat ? Les autres joueurs de ce secteur reverront-ils un jour le ciel se découvrir pour eux, si ce n'est sur blessure ou suspension ?
Rappelons que ces trois là étaient suspendus pour le match en Géorgie... étrangement, Sissoko et Guilavogui n'avaient pas apporté la même stabilité, le même sens de la perforation. Ils y seraient peut-être parvenus s'ils avaient évolué avec un troisième joueur dans leur secteur, ce qui leur aurait permit de jouer plus haut et d'apporter des solutions offensives. Le 4-3-3 avait rarement marché avant mardi soir, mais désormais il apparaît comme le système idéal. Tout dépend aussi des joueurs qui l'animent...

C'est drôle parce que vendredi, avant le match, tous les "experts" étaient satisfaits de l'équipe alignée par Deschamps, avec Nasri devant Pogba et Matuidi, c'était pour eux un bon choix, puisque Valbuena était hors de forme, et surtout ça démontrait que Deschamps voulait attaquer, ne pas se contenter de défendre. Par la suite, la défaite venue, on a entendu les mêmes experts affirmer que Deschamps s'était planté dans les grandes largeurs, que cette défaite était la sienne... le jour où on verra un journaliste se dédire, là on pourra parler de véritable démocratie médiatique. La Presse n'a pas de contre-pouvoir pour la forcer à savoir se remettre en question quand elle s'est plantée, comme elle l'exige à propos des gens qu'elle ne cesse de juger, c'est le problème.

Benzema est enfin Benzema

Pour moi, le problème du milieu droit reste posé. J'ai vu toutes les notes positives que Valbuena a reçu, et elles ne sont pas imméritées. Mais elles auront quand même étonné beaucoup de spectateurs présents au stade, et qui ont râlé quand ils ont vu Valbuena continuellement se recentrer, dézonner, et ainsi ne pas offrir de solution à Debuchy, sur le plan offensif mais aussi défensif, puisque ce dernier a souvent du gérer Konoplyanka tout seul, ce qui lui a valu un carton et une sortie prématurée, pour éviter son expulsion. Sur ce match là, ça a marché, mais pas sûr que ça marchera à chaque fois, permettez moi d'en douter. Valbuena n'a pas réglé le problème du milieu droit parce qu'il n'a pas joué milieu droit. En revanche, quel excellent tireur de coups de pied arrêtés ! Il faut toujours un bon tireur dans une équipe, et avec lui et Ribéry, on est pas mal. Manque juste un gaucher... comme d'habitude.

Devant, Benzema a prouvé qu'il avait retrouvé la confiance qui le rend, selon moi, supérieur à un Olivier Giroud qui semble limité techniquement pour le haut niveau, selon moi, mais qui demeure une bonne solution de rechange en cours de match. Tant que Benzema, qui a des automatismes avec Ribéry, marque et se montre décisif, on ne peut pas le mettre sur le banc, même si ça ne fera pas plaisir aux amateurs de joueurs qui font joli - et Français de souche. De toutes façons, l’Équipe de France a besoin d'avoir des cadres qui assurent le job. Ribéry, qui est moins passé dans son couloir que d'habitude mais qui a fait expulser deux Ukrainiens, et a provoqué deux buts mardi soir, le fait régulièrement depuis deux ans. Si Benzema le fait aussi, on peut voir venir.

A plus tard !

mardi 19 novembre 2013

Battre l'Ukraine, mode d'emploi

Salut à tous,

Après ce match aller qui a mal tourné pour des Bleus pourtant plus présents dans le combat et l'envie que les médias veulent bien nous faire croire, mais qui ont craqué sur deux erreurs de défense et quelques détails, quelles sont leurs chances aujourd'hui, à quelques heures d'un match retour qui décidera de beaucoup de choses, que ce soit sportivement ou médiatiquement ? Si l'on s'en tient aux statistiques, aucunes : jamais une équipe menée de deux buts dans un barrage européen n'a réussi à remonter cet écart. Ça tombe bien, avant le traquenard de Kiev, jamais l'Ukraine n'avait battu la France... comme quoi, les trucs arrivent, parfois.

Des défenseurs qui doivent défendre

Quelles sont les solutions qui se présentent à elles, qui ne possède toujours pas de certitudes à une demi douzaine de postes ni sur le plan tactique ? La clé de tout, ce ne sera pas l'envie - qui était déjà là vendredi, et qui sera là ce soir, sinon on ne comprends plus rien - mais l'efficacité, et pas seulement dans les deux surfaces de réparation, même si c'est là que la France a failli vendredi, notamment dans la sienne. On savait que la charnière Koscielny-Abidal ne présentait pas toutes les garanties, on en a eu confirmation : le Gunner, qui n'est pas un défenseur né, a toujours du mal dès que le haut niveau se présente, et n'en est pas à son premier penalty provoqué, tandis qu'Abidal n'était déjà pas ce qui se faisait de mieux dans l'axe avant ses deux ans d'absence pour maladie, alors maintenant... sans parler de son âge. Même chose pour Debuchy, qui présente les lacunes classiques de l'ancien milieu
reconverti latéral, même si ça date maintenant : formidable centreur, il peine dans les duels, comme Evra. C'est le syndrome Van der Wiel, qui brille plus depuis que Paris a le ballon et qu'il peut quasiment évoluer ailier, tandis que Motta et les défenseurs font le boulot dans son dos. Debuchy et Evra n'ont pas cette chance, ils ont beaucoup plus de boulot défensif, surtout à l'extérieur, et ça se voit.

Si Sakho remplace Abidal et Varane, Koscielny, on peut penser que la France y gagnera dans le combat, au moins, même si on peut avoir des doutes sur le physique du Madrilène. On ne pourra pas suspecter Sakho de rechigner à la tâche défensive, il est en pleine forme avec Liverpool, et ça pourrait permettre à Evra de monter plus sereinement, et ainsi offrir plus de soutien à Ribéry, qui en a manqué à Kiev, puisque Evra devait s'occuper de Yarmolenko. Une chose est sûre, Deschamps va devoir se faire violence et prendre des risques, mais pas trop, sachant que les Ukrainiens n'attendront qu'une seule chose, comme à l'aller après l'ouverture du score : des espaces en contre, et on a vu qu'ils savaient y faire. Pas besoin de marquer très vite, du moment qu'on marque : si on en mets deux dans le premier quart d'heure, les Ukrainiens auront tout le temps pour mettre le but qui nous obligera à en mettre deux de plus... ce qu'il faut, c'est ne pas confondre audace avec témérité. Ne pas se jeter comme des dingues, à la fois tactiquement - ce qui offrirait des contres, donc - mais aussi dans l'engagement : il ne faudrait pas qu'on se retrouve prématurément à dix parce qu'un de nos joueurs aurait confondu le ballon avec la cheville d'un adversaire. Ne pas écouter la démagogie de Dugarry, qui souhaite voir des Bleus se jeter à la gorge des Ukrainiens : c'est une pratique interdite dans à peu près tous les sports, même de combat.

Un milieu qui se projette

Au milieu, la France n'a pas failli à Kiev, même si elle a semblé bousculée par l'engagement parfois excessif des hommes de Fomenko. On a compris pourquoi ces derniers prenaient tant de cartons... en cela, on nous a changé l'Ukraine romantique de Blokhine ou Shevchenko... Peut-être faudrait-il aligner trois milieux axiaux, comme le PSG, sans véritable meneur, avec Cabaye à la place de Nasri devant Pogba et Matuidi, de façon à ce que ces trois là puissent se projeter un peu plus, comme ils le font en club. A seulement deux défensifs, Pogba et Matuidi ne peuvent se permettre de prendre trop de risques sans que l'autre ne se retrouve isolé. Avec un joueur supplémentaire, Pogba et Matuidi, qui jouent relayeurs en club, ainsi que Cabaye, pourraient porter le surnombre dans la surface, ou au moins à ses abords, par la qualité de leurs frappes de balle. Après tout, c'est ce que font tous les milieux modernes : ils défendent, ils relancent, et ils marquent aussi, ils se projettent dans la surface. Comment voulez vous qu'un avant-centre, aussi doué soit-il, puisse s'en sortir seul dans une surface si personne vient le soutenir en phase offensive ?

Enfin, l'attaque. Ribéry a été parfaitement pris par deux, voire trois joueurs, vendredi. Il doit faire mieux, par exemple en se recentrant ou en permutant avec son partenaire évoluant à droite, mais il doit aussi avoir plus de soutien, de la part d'Evra, de Matuidi, de l'éventuel meneur, que sais-je. Le mouvement offensif ne doit pas être brouillon, mais il ne doit pas non plus être figé. A Paris, Cavani est ailier droit pour la forme, il ne cesse de revenir dans l'axe, tandis que Zlatan recule pour distribuer. A Barcelone, Messi joue-t-il vraiment
attaquant de pointe ? Bien sûr que non, il doit faire face au jeu pour briller, donc il part de loin, tandis que ses deux ailiers, Pedro, Sanchez ou Neymar, offrent des solutions dans l'axe ou étirent la défense en restant sur le côté. Ce qu'il faut, c'est semer la panique dans la lourde défense ukrainienne. Centrer ? Inutile, ils sont immenses et de toutes façons on ne sait pas centrer, malgré Debuchy. Il faut jouer au sol, redoubler de passes, écarter cette défense pour ensuite repasser par l'axe. Et être efficace devant le but.

Rater un Mondial, ça arrive

Ce qui pose problème, sur le plan mental, c'est que les Ukrainiens sont invaincus depuis 12 matches, et prennent très peu de buts. Hormis leurs deux ailiers ils manquent de génie, mais Zozulia, devant, a démontré qu'il ne fallait pas dénigrer sa vivacité. Et Edmar n'est pas un Brésilien de naissance par hasard. Bref, qualifier, comme l'Equipe ce matin, d'"humiliation" cette défaite de l'aller est définitivement la preuve que peu de gens s'y connaissent vraiment en football dans ce pays, y compris dans les rangs de ceux qui pensent tout savoir, à savoir les journalistes. Perdre contre la Chine, comme en 2010 avant le Mondial (0-1), oui c'est une humiliation, en Ukraine sur un coup de dé, non. Il s'agit des barrages, épreuve où normalement toutes les équipes se tiennent et ont brillé dans leurs qualifications, sinon elles ne seraient pas là. L'Ukraine qui a fourni à peu près tous ses grands joueurs à l'URSS, et qui possède des clubs qui, eux, gagnent des Coupes d'Europe. Croire que la France est suffisamment un pays de football pour regarder tous les autres de haut, hormis les très grands, c'est oublier les longues périodes de disette qui ont fait le lien entre les générations Kopa, Platini et Zidane.

Il faudra avoir la chance qu'on n'a pas eu vendredi, mais ça implique qu'on en ait pas et qu'on se fasse sortir. Rater une Coupe du Monde, c'est terrible, certains joueurs de l’Équipe de France n'ont même jamais vécu ça. Mais ça fait partie du jeu, de l'Histoire des Bleus, ça arrive. Et, même si je sais que je parle dans le vide, ça ne servira à rien de dresser un procès à ces joueurs qui n'auront eu qu'un tort : d'être tombé dans le groupe de l'Espagne, et de ne pas être une génération immense. Rien à voir avec les casques sur les oreilles, le manque de sourire, les coupes de cheveux moches ou leurs origines ethniques ou sociales. Ils ne sont pas mieux payés, plus méchants ou pédants ou détestables que ceux de 98, simplement ils gagnaient, eux. C'est le seul critère sur lequel ils doivent être jugés, tout en se disant que la défaite fait partie du jeu.

Allez je vous laisse, et allez les Bleus !

jeudi 14 novembre 2013

Des éliminations utiles

Salut à tous,

Dans quelques jours, à égale distance entre les deux matches de barrage entre l'Ukraine et la France, qualificatifs pour la prochaine Coupe du Monde brésilienne, on "fêtera" les 20 ans de France-Bulgarie. J'imagine déjà les petits fours, l'ovation faite au Stade de France à un Emil Kostadinov devenu chauve, une séance d'applaudissements à la 93e minute en hommage à son but... je ne plaisante qu'à moitié.

Kostadinov... pas si grave

Que ce serait-il passé si le tir fatidique du plus célèbre bulgare avec Stoïchkov et Sylvie Vartan avait ne serait-ce que percuté la barre - ce qu'il a fait d'ailleurs, avant de rentrer quand même, avec des poteaux carrés il ne serait pas rentré... on est vraiment maudit - ou raté le cadre ? Ou bien, en remontant le temps, si quelqu'un avait su l'intercepter avant, ou Penev, ou encore si Ginola avait su garder le ballon ? Et si Laurent Blanc n'avait pas été battu de la tête par Kostadinov sur l'égalisation sur corner ? Ou si Reynald Pédros, présent sur la ligne mais trop court sur ce ballon, avait fait 5 centimètres de plus ? Ou porté une crête façon Hamsik ? Ou si, simplement, on avait continué d'attaquer après la - belle - ouverture du score de Cantona, au lieu de vouloir gérer ce petit but face à une de nos bêtes noires historiques ? On n'a qu'à choisir...



On parle souvent d'un chambardement après ce qu'il faut bien appeler un naufrage, un changement total de joueurs, après celui de sélectionneur, Gérard Houiller, qui se rattrapera bien de ce ratage intégral à Liverpool et Lyon, et qui laissait sa place à son adjoint, Aimé Jacquet, qui n'était pas non plus un choix par défaut puisqu'il s'agissait quand même de l'entraîneur du grand Bordeaux des années 80. Forcément, la presse, connue pour son tempérament modéré et ses analyses pondérées, avait réclamé que tout le monde parte, etc. Faire table rase. Pourtant, ce n'était pas comme si on n'était pas habitué à ne pas disputer une Coupe du Monde... depuis la guerre, on en avait raté 6 sur 12, donc une sur deux... avec les qualifs pour l'Euro, systématiquement ratées entre 1960 et 1992 (!), le rapport est même négatif... la déception était intensifiée par la surprise de voir l'élimination d'une équipe qui maîtrisait son destin avant de recevoir deux fois, Israël puis la Bulgarie, avec pour objectif de prendre un petit point sur ces deux matches. Franchement, comment pouvait-elle se rater ? Et pourtant elle l'a fait, s'inclinant à chaque fois dans les arrêts de jeu (2-3 et 1-2), scenarii encore plus cruels. Un autre scenario, plus calme, plus clément, mais avec quand même l'élimination à la fin, n'aurait pas autant remué le monde du football : on aurait enregistré une nouvelle élimination, c'est tout. Pour la France, c'était une habitude. Depuis, on n'a plus raté un grand tournoi. Était-ce un mal pour un bien ?

Les mêmes en 98

Je le disais, on a parlé d'un chambardement mais sept joueurs présents sur la feuille de match ce 17 novembre 2013 allaient être champions du Monde quatre ans et demi plus tard, et d'Europe deux ans après (Petit, Deschamps, Desailly, Blanc, Lizarazu, Djorkaeff et Lama). Pourtant, après la Bulgarie, on ne voulait plus les voir, juré craché. Blanc était coupable sur le premier but
et sur le second en se faisant déborder par Kostadinov, sur lequel Petit était absent, Deschamps était insipide et Lama avait pris deux buts, imparables certes, mais quand même, virons le aussi. Les trois autres étaient de jeunes internationaux, laissons leur leur chance.

Lors du match suivant, le fameux amical à Naples contre l'Italie, les Bleus s'imposent (0-1) sur un but de Djorkaeff sur une passe de Ginola, l'honnis après son centre "assassin" contre les Bulgares. Où sont les autres ? Lama et Desailly sont là, Deschamps aussi, ainsi que Cantona ou Roche. Mais Jacquet innove, et fait appel à plusieurs jeunes inexpérimentés, qu'on croit être les successeurs de ces ratés qui ont manqué le Mondial, ceux qui parviendront à faire se relever le football français, par ailleurs empêtré dans l'affaire VA-OM. Pourtant, que sont devenus les Gnako, Cyprien ou Martins, qui ont débuté en Bleu ce jour là ? Ils ne sont pas devenus champions du Monde en tous cas, ça c'est sur, pas plus que Le Guen ou Guérin, ni Di Méco. On dit souvent que ce France-Bulgarie a permis de purger un peu cette équipe et de repartir de zéro, c'est en partie vrai. Mais au final, c'est grâce à plusieurs de ces joueurs là que la France a atteint le sommet mondial.

Pas de cassure

Tout comme maintenant, la France pourrait - je dis bien pourrait - se qualifier pour le Brésil avec Evra, Ribéry, Abidal... ces hontes de la France qui ne sont pas descendus du bus à Knysna. Comme quoi, les déclarations de mort internationales après les grands échecs des Bleus, réclamées par une presse toujours assoiffée de sang et amatrice de chutes de tête pour

avoir de quoi écrire, restent souvent lettres mortes. Sept joueurs éliminés par la Bulgarie toujours présents en Bleus quatre ans et demi plus tard ? Un taux de renouvellement somme toute assez habituel. Il n'y a pas eu de cassure nette, même si on a peu vu Deschamps (4 m.) en 94. Faute de successeurs potables, on est vite revenus aux valeurs sûres... un peu comme maintenant. Bien évidemment, si la France tombe contre l'Ukraine, comme elle en a l'habitude lors de ces matches piégeux, tout ça sera la faute de ceux qui auront permis le retour de ces fâcheux, à savoir Le Graet et ses deux sélectionneurs, Blanc et Deschamps. En revanche, si on passe... Ainsi va l'avis pusillanime des médias.

France-Bulgarie a été la première expérience de ce genre pour le football français. Et encore, ils n'ont pas eu à gérer l'effet Tweeter, qui permet à n'importe qui de déclarer n'importe quoi sur n'importe quel sujet, avis personnels se muant en opinion, ce qu'ont vécus les Bleus qui ont éliminé l'Irlande en barrage sur la main d'Henry et ceux qui sont restés dans le bus. On a l'impression qu'il n'y a pas eu d'élimination honteuse avant, ni de qualification honteuse d'ailleurs. Est-ce que la série en cours des Bleus, toujours présents en tournoi depuis 1996, est due aux conséquences de France-Bulgarie ? Pas dans le choix des joueurs en tous cas, puisque si la génération Cantona-Papin a disparu ensuite, c'est surtout à cause de l'âge, Papin résistant jusqu'en 1995 par exemple. C'était une équipe jeune, comme maintenant, ses cadres ne dépassant pas les 30 ans. Mais les tout justes trentenaires, comme Papin ou Sauzée, n'ont pas enchaîné ensuite. Que les jeunes succèdent aux vieux, c'est la logique de toutes les équipes du monde depuis le début du sport.
Mais il aurait été difficile de sélectionner Henry et Trézéguet en 1993...

Faire table rase après un échec, c'est un fantasme de journaliste : aucune équipe ne pourrait survivre à une telle saignée. La France serait-elle en barrage si elle avait continué avec l'équipe battue en amical en Norvège après le Mondial 2010 (2-1), celle qui ne comptait aucun mondialiste ? Où sont les Ruffier, Cissokho, M'Vila, N'Zogbia, Hoarau, pour les titulaires, les Lassana Diarra, Ben Arfa ou Briand chez les remplaçants ? Sans parler de Rami, Mexès, Sissoko, Rémy ou Ménez, qui sont loin d'avoir crevé l'écran en Bleu ces derniers mois. Qu'aurait-on fait sans Ribéry ? Sans Lloris ? On s'apprêterait peut-être à jouer deux matches amicaux avec un nouveau sélectionneur, qui sait. Oui, les Bleus se sont renouvelés, mais pas plus que d'habitude. Comme en 93, quoi.

Je vous laisse, à plus tard !

mercredi 30 octobre 2013

Une soirée dans le Chaudron

Salut à tous,

Grand moment pour votre serviteur blogueur dimanche soir : sa première visite à un stade et un public mythique, Geoffroy-Guichard. Et, ce qui ne gâchait rien, il s'agissait d'une des plus belles affiches françaises qui soit, Saint-Étienne-PSG. Soit deux des plus beaux palmarès du foot français, ainsi que l'affrontement entre deux équipes ambitieuses pour les premières places du championnat, c'est peu de le dire. Enfin, il s'agissait de voir si les Verts allaient continuer à être la bête noire du PSG d'Ibrahimovic, qui n'avait jamais battu les Ligériens en trois rencontres l'an passé, ne marquant qu'une fois, sur penalty, et récoltant un rouge lors de la visite des Verts au Parc des Princes, il y a un an (1-2).

Un stade mythique, un

Mais l'essentiel était ailleurs. Dans mon éternel désir de voir un maximum de stades dans ma vie, les plus mythiques possibles, je réservais déjà à Geoffroy-Guichard une place à part. Avec tout le respect que je dois aux enceintes bordelaises (deux fois), montpelliéraines, nantaises, et même martégales, audoniennes, vannetaises et
carquefoliennes, aucune d'entre elles ne porte sur elle des oripeaux historiques et mythiques aussi chatoyants que ceux du Chaudron stéphanois. Oui, il y a eu de grands matches à Bordeaux et à Nantes, à Paris aussi, bien sûr, mais peut-on autant citer pour eux des adversaires estoqués à coups de retournements de situation homériques tels que le Dynamo Kiev (0-2, 3-0 a.p.), Hajduk Split (1-4, 5-1 a.p.) dans les années 70, et même le grand Bayern Munich (0-2, 3-0) quelques années plus tôt, à part si on est supporter des clubs concernés ? Oui, il y a eu le Real Madrid au Parc des Princes en 1993, il y a eu la Juve de Platini qui a failli se faire retourner au Parc Lescure, avant de manquer de se faire sortir dix ans ans plus tard à la Beaujoire... mais en nombre, le Chaudron les surpasse tous.

Mais pas que là dessus. Tant qu'on n'y a pas vécu un match, si possible un grand match, une affiche, difficile d'imaginer à quel point ce stade, qui est pourtant encore ouvert dans deux de ses coins et qui, en raison des travaux pour l'Euro 2016, est en partie fermé au niveau de sa tribune présidentielle, peut être oppressant, voire irrespirable pour l'adversaire. Au vu de ma soirée de dimanche, en haut de cette tribune Henri Point, en face de la présidentielle, difficile d'imaginer des équipes adverses venir se balader ici tranquillement, ne pas subir une pression folle, du public mais surtout de joueurs habillés de vert sur-motivés par l'ambiance et le soutien de 30 à 40 000 supporters déchainés, qui déversent sur les vingt-cinq acteurs des vagues de chants et de cris qui se répercutent entre de hauts murs escarpés ? Que peut-il arriver à cette équipe stéphanoise, quand son peuple hurle, que ce bruit efface tout et que les adversaires ne peuvent pas s'entendre penser, avant qu'un Fabien Lemoine ne vienne leur découper le pied s'ils ne lâchent pas assez rapidement le ballon ? Et comment ces Verts peuvent-ils avoir déjà perdu sept points à domicile en six rencontres, sans parler de leur incroyable défaite à domicile contre Esbjerg, en tour préliminaire de la Ligue Europa (0-1), avec une arme pareille à leur disposition ?

Un public de connaisseurs

Le club stéphanois semble avoir trouvé un moyen simple mais efficace pour échauffer ses supporters avant le match : les faire poireauter une heure sous leur tribune avant de les faire enfin monter dix petites minutes avant le début du match. En revanche, les faire grimper la cinquantaine de marches pour parvenir en haut de la tribune aurait tendance à les essouffler légèrement. Peu importe, le spectacle qui s'offre alors à la vue du bizut est époustouflant : un stade escarpé, aux tribunes populaires hautes, uniformément vertes et chantant puissamment et à gorge déployée des chants parfaitement rodés et entraînants.
Je n'en ai jamais vu, mais je me suis cru durant deux heures dans un stade anglais à l'ancienne, avec des limites de jeu extrêmement proches des premiers supporters. Quand aux deux kops stéphanois, ils m'ont fait penser au mur de Dortmund, cette tribune de 25 000 places unique au monde.

Le Parc des Princes mis à part - le seul stade fermé de France, où chaque son est multiplié par mille... problème, il n'y a plus de vrais supporters dans cette enceinte - nulle part je n'ai vu une telle ambiance, un tel climat, un tel mélange de soutien indéfectible, d’enthousiasme bon enfant et de pression hostile à l'adversaire. A un détail près, non des moindres : lors de la présentation de l'équipe parisienne, tous les joueurs ont été sifflés comme il se doit. Tous, sauf deux : Zoumana Camara et Blaise Matuidi, deux anciens stéphanois qui, eux, ont été applaudis. Pour info, le premier nommé a quitté le club en 2007... ça s'appelle un public de connaisseurs, un vrai public de foot, comme on n'en voit qu'en Espagne, en Grande-Bretagne ou en Allemagne, voire même aux Pays-Bas.


Tout pour réussir


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Durant le match, les chants ne s’interrompront qu'à deux occasions, hors mi-temps : lors des deux buts stéphanois, qui laisseront place à des moments de délires collectifs intenses. J'ai assisté à des grands matches au Parc des Princes, notamment celui contre Liverpool en demi-finales de la Coupe des Coupes 1997 (3-0), ou contre Arsenal en 1994 (1-1), c'était du même niveau. Ah si, lors de l'expulsion pas si sévère que ça de Lemoine (lui même l'a admis le lendemain, à froid), aussi. La fin fut évidemment plus tendue, mais même lorsque Cavani réduisit le score, l'ambiance ne baissa en aucune façon.

Je ne sais pas comment ça se passe lors d'un match dit "normal" - cela existe-t-il seulement là-bas ? Pas sûr. Ça devait être moins chaud en Ligue 2, c'est sûr, ou en Coupe de la Ligue. Mais quand même, quelle perle ! Les stars étrangères du PSG, qui viennent du championnat italien où, certes, figurent quelques monuments comme San Siro ou l'Olimpico de Rome, mais où les stades sont souvent vétustes et rarement adaptés au seul football, ont dû apprécier d'évoluer dans un stade aussi chaud, aussi fervent. Ça a dû rappeler à Cavani, par exemple, certains derbys uruguayens ou argentins. On dénigre souvent le football français, parfois à raison, mais Saint-Étienne et son stade font partie indiscutablement de ses grandes fiertés. Reste à fournir à cette équipe un mental plus élevé, une exigence supérieure et quelques moyens supplémentaires et il y a tout, là-bas, pour qu'une grande équipe européenne y subsiste. Avec ou sans impôts...

A plus tard !

mercredi 16 octobre 2013

Sus aux barrages !

Salut à tous,

Après ces deux très bons matches de l’Équipe de France face à deux équipes qui sont certes loin du gratin mondial, mais qui ne sont pas non plus si nulles que ça, il est temps de faire un petit état des lieux avant les barrages qui s'annoncent dans un mois. Et qui font déjà frissonner l'épiderme des quelques supporters que comptent encore cette équipe dans ce pays à la relation si étrange avec le "supportariat".

Des qualifs réussies

D'abord, un constat : avec 17 points sur 24 possibles, la France a réalisé, quoi qu'on en dise, un excellent parcours, surtout quand on sait qu'elle a du se coltiner la meilleure équipe du monde sur les six dernières années, l'Espagne, contre qui elle a même réussi à gratter un point, et sur qui elle ne compte, à la fin du bal, que trois petits points de retard. Soit une victoire, celle obtenue sans briller par la Roja au Stade de France, en début d'année (0-1). Les deux équipes ont donc pris le même nombre de points contre les trois autres adversaires de la poule, à savoir 16 sur 18. Comme parcours chaotique, j'ai déjà vu pire. Dès le tirage au sort, on savait que le destin probable de ces Bleus était de terminer barragiste. C'est ce qui est arrivé, mais le fait qu'elle aurait encore pu coiffer sa grande rivale lors du dernier match, comme c'était le cas hier soir, prouve qu'elle n'a pas raté du tout sa phase qualificative, loin de là.

Elle s'est ratée sur un seul match, celui en Géorgie (0-0). Si elle l'avait emporté, elle aurait échoué à un point de l'Espagne, ce qui ne change pas grand chose, mais quand on se
remémore le dernier France-Espagne, qui aurait tout aussi bien pu se terminer en match nul, on peut se dire que la première place de cette poule ne s'est vraiment pas jouée à grand chose. Et que, au passage, l'Espagne est loin d'avoir maîtrisée son sujet, avec un match nul contre la Finlande, à Gijon (1-1), des victoires compliquées contre le Bélarus (2-1), la Géorgie (0-1, 2-0) et la Finlande (0-2) et les matches accrochés contre la France (1-1, 0-1), qui termine d'ailleurs avec une meilleure attaque (15 contre 14). Comparés aux parcours des Pays-Bas (34 buts) ou de l'Allemagne (36), ça fait pâle figure. Mais on sait depuis longtemps que le talent de l'Espagne, contrairement aux idées reçues, repose autant sur un beau collectif que sur des qualités de pressing et de défense au-dessus de la moyenne, il suffit de regarder ses derniers tournois, où elle s'est souvent contentée de 1-0 minimalistes mais efficaces pour passer les obstacles.

Ribéry se charge de tout

Revenons à la France. Le paradoxe ultime, sachant qu'elle possède logiquement moins de chance de gagner ses barrages que de les perdre, vu son statut de non tête de série, serait qu'elle soit éliminée tout en possédant en son sein le futur Ballon d'Or. Mais l'aura-t-il si la France échoue ? Malgré tout, que serait cette équipe sans Franck Ribéry ? On aurait aussi pu se poser la question durant les années Platini, mais c'est vrai qu'en ce moment on a presque du mal à imaginer la France marquer un but sans un coup de pouce de l'ailier du Bayern. Contre l'Australie (6-0), il marque une fois, donne trois buts et se trouve à l'origine d'un autre, soit cinq sur six. Hier soir, sur trois buts, il ouvre le score d'une façon sublime et donne le troisième but à Benzema. Ce fut également le cas au Bélarus, le mois dernier (2-4), où il marqua deux fois. Lors des deux dernières années civiles, il a signé 10 (deux fois cinq) de ses 18 passes décisives dans le jeu en Bleu, soit le même total que Zidane... qui compte 30 capes de plus (108 contre 78). Dans le même temps, la France a marqué 38 buts, sur lesquels il a été directement impliqué un fois sur deux (9+10)... Il a marqué cinq fois cette année, aucun Bleu n'avait marqué autant depuis Thierry Henry, en 2007...

Seize buts, 18 passes en 78 sélections, pas mal pour le footballeur le plus moqué en France, pour des raisons qui n'ont rien à voir avec le sport : les affaires de prostitutions, certes, mais aussi son visage et ses difficultés en Français. Un racisme anti moche mais aussi de classe, qui ne valorise pas notre pays, déjà à la peine en ce moment au niveau des valeurs d'humanisme. Ce qui est drôle, vu que son énorme popularité, en 2006, valait autant pour ses qualités balle au pied que pour sa fraîcheur, ses blagues potaches, et un constat : c'est un petit gars du peuple. On le célébrait pour ça, on le moque aujourd'hui pour ça. En tous cas, un chose est sûre : on n'ira pas au Brésil sans un grand Ribéry.

La défense tangue

Étrange année 2013, durant laquelle les Bleus ont battu leur record en terme de minutes sans marquer consécutivement (525, soit près de six matches) et qui viennent de marquer 13 buts en trois matches... difficile d'évaluer ses forces et ses faiblesses, hormis l'évidence Ribéry. Elle est inconstante, c'est un fait. Combien de joueurs sont indiscutables dans cette équipe ? Lloris, Matuidi, Ribéry, c'est à peu près tout. Evra, de par son expérience et le
manque de concurrence, l'est en partie, tout comme Debuchy, l'expérience en moins. Les deux latéraux qui ont écarté les faibles prétendants à leur postes sans vraiment le faire exprès, même si le joueur de Newcastle affiche toujours une belle qualité de centre. Mais ce sont d'anciens ailiers qui sont toujours aussi moyens sur le plan défensif. Face aux faibles ailiers australiens ou finlandais, ça passe (et encore, hier on a concédé beaucoup d'occasions venant des côtés) mais dès que le niveau s'élèvera... on pourra trembler. Vous me direz, le Brésil a remporté cinq Coupes du Monde avec des latéraux qui défendent mal, mais c'est le Brésil, il peut se le permettre, pas nous.

Dans l'axe, on a vu hier qu'Abidal, malgré toute la sympathie que son parcours fait naître dans nos petits cœurs, mais aussi son immense expérience, n'était pas vraiment une bonne solution. Heureusement que Koscielny a rattrapé plusieurs coups... le Monégasque a plusieurs fois été battu dans son dos, ce qui est sensé ne pas lui arriver vu sa pointe de vitesse. Mais à 34 ans et après quasiment deux ans sans jouer, celle-ci semble appartenir au passé. Heureusement, on a Varane et Sakho en réserve. Peut-être faudrait-il que Deschamps soit enfin convaincu que l'ancien Parisien est devenu meilleur qu'Abidal. Et que Koscielny, aussi intelligent soit-il, ne vaut pas un demi Varane. La sélection naturelle finira par faire le travail.

Le milieu, point fort des Bleus

Au milieu, on semblait parti pour un duo Pogba-Matuidi mais Cabaye est revenu battre les cartes. Avec un constat : quand le Magpie est là, la qualité de passes des Bleus s'en ressent. Étant entendu que Deschamps semble avoir définitivement adopté le 4-2-3-1 que la majorité des équipes dans le monde appliquent, il va falloir qu'il tranche. Matuidi, par son abatage et son travail au milieu, mais aussi son jeu vers l'avant (ce fut moins le cas hier) semble indiscutable. Pogba, de part son statut à la Juve et son âge, ce qui implique une marge de progression énorme, également. Disons que Cabaye semble être une solution un poil plus offensive, quand la France aura besoin de moins défendre et mieux jouer. Contre l'Australie, par exemple, ce fut parfait. Quand ce sera l'Allemagne en face, c'est moins sûr. En tous cas, c'est le secteur le plus performant, mais ce n'est pas nouveau, c'est plutôt une constante chez l’Équipe de France, qui a gagné une Coupe du Monde grâce à lui.

Avant d'arriver aux attaquants de pointe, voyons ceux chargés de les fournir en ballon. Ribéry semble avoir phagocyté la fonction avec talent, et pour cause : personne d'autre ne parvient à équilibrer le jeu de l'autre côté. Les autres passeurs cette année, à part lui qui en a signé cinq ? Valbuena (2), Nasri et Sissoko (1). Ménez provisoirement (?) out, Payet pour l'instant trop juste, il reste la solution Rémy, qui est pour moi la meilleure (avec Ménez, à son niveau optimal). Le Magpie (encore) présente le double avantage de savoir briller dans le couloir droit mais aussi devant le but, on le voit en Angleterre. On l'a moins vu contre l'Australie, où il a mangé plusieurs belles opportunités. Mais il fut le meilleur buteur des Bleus en 2011, avec trois buts, et avec 4 buts en 20 sélections (9 titularisations), il n'est pas ridicule. Un profil à la Thierry Henry, mais côté droit.

Pour le reste, Valbuena et Nasri ne sont pas convaincants sur un côté, même si ça n'empêche pas les Bleus de gagner. Nasri est potentiellement supérieur, Valbuena est plus combatif mais n'a toujours rien prouvé en club au niveau international, malgré quelques éclairs. Le problème ne se pose donc pas seulement pour le poste d'ailier droit : si un des deux s'était vraiment imposé derrière l'attaquant, on ne se demanderait pas qui ira jouer à droite. Et je ne parle pas des solutions Gourcuff, Grenier ou Martin... la France n'a jamais eu de grande génération sans grand numéro 10. Donc on est encore loin de la queue du Mickey.

Benzema ou Giroud ?

Les buteurs, enfin... Le sujet à la mode. Souvenez vous, il y a deux mois et demi, le problème majeur des Bleus, c'était l'avant-centre. Benzema n'avait plus marqué depuis un an, mais Giroud ne marquait pas non plus. On en venait presque à se demander si Gomis n'était pas la meilleure solution. En France, on a toujours pas compris qu'un buteur ne marquait pas, ou rarement, sans un collectif huilé autour de lui. Malgré la filiation revendiquée par lui-même, Benzema n'est pas Ronaldo, qui faisait des différences énormes tout seul, du moins avant ses blessures de milieu de carrière. Et Giroud, malgré son altruisme et sa combativité, reste un avant-centre à la Hoarau, pas très rapide, grand, costaud, bon de la tête, devant et derrière, mais dont le rendement dépend énormément du nombre de ballons exploitables arrivant dans la surface. Il ne sera jamais un grand technicien, lui qui a été
rejeté par Grenoble à 21 ans, et qui ne s'est révélé en Ligue 1 qu'à 24, alors que Benzema marquait déjà des buts dans l'élite à 19 ans. Des parcours opposés, tout comme leurs profils techniques. Cependant, si Benzema a une meilleure cadence de buts par sélections (0,27 contre 0,21) il est battu au comptage par minutes (1 but toutes les 224 minutes contre 1 toutes les 207 pour Giroud). Bref, sur ce plan là, ça reste serré.

Aujourd'hui, je suis partagé. Giroud est plus efficace en club que Benzema, dont je me demande encore comment il peut être titulaire dans une équipe comme le Real, qui a toujours brillé grâce à des buteurs immenses, les meilleurs à leurs postes. Heureusement que Ronaldo fait le job... aujourd'hui, ils sont un demi douzaine à être de meilleurs avant-centres que lui, sur lesquels le Real lorgne d'ailleurs avidement (Falcao, Rooney, Van Persie, Cavani, Ibrahimovic...). Mais Benzema est tout de même le meilleur buteur en Bleu en activité (17 buts), et le deuxième meilleur buteur français de l'histoire de la Ligue des Champions (33 buts) derrière Henry (50) et devant Trezeguet (29). Giroud est le 33e avec 3 buts en un peu plus d'une saison à ce niveau... reste que sur la forme actuelle, il semble devant. Mais à 27 ans, s'il était le grand buteur que la France attend depuis la retraite d'Henry, ça se saurait, sincèrement. J'espère me tromper.

En tous cas, en deux mois on est passé d'un choix par défaut à un choix cornélien : qui choisir ? Benzema a mis deux buts beaucoup plus difficiles à mettre qu'il n'y parait : en une touche, au premier poteau, sur des centres tendus. Couper au premier poteau : un truc qu'il ne faisait jamais, et qu'il aurait du faire avant au lieu de se comporter comme un avant-centre français ordinaire, à savoir attendre bêtement au deuxième ou aux six mètres qu'un ballon lui arrive dessus. Giroud, lui, a marqué deux jolis buts contre l'Australie, même si le deuxième me semble plus être une volée ratée qu'un véritable piqué volontaire. Mais bon, comme les médias sont fans, ils ont chaussé leurs lunettes déviantes qui leur avait permit d'affirmer que la volée de Zidane, en 2002, n'était pas également une volée ratée. C'est pas grave, c'est beau quand même.

Au final, frottons nous les mains de posséder un des deux meilleurs ailiers du monde dans nos rangs, et des buteurs enfin efficace. Avec une défense un poil plus solide et un milieu toujours talentueux, et maintenant des avant-centres efficaces, elle peut aborder ces barrages avec confiance, même si le tirage peut changer la donne. Éliminer le Portugal de Ronaldo, ça aurait de la gueule... ce serait dommage aussi un peu. Le mieux, ce serait la Grèce, on perdrait pas grand chose. Ouhlàlà je suis vilain !

Vivement les barrages, l'attente va être longue.

A plus tard !